mardi 23 mai 2017

Au culot Monsieur Hulot !










Au culot  Monsieur Hulot …


Elle fuse la rumeur,  aussi vite que l’avion supersonique de l’animateur d’Ushuaïa,  de l’AFP aux journaux  de 20h, des rédactions au perron de l’Elysée, Nicolas Hulot serait pressenti pour devenir Ministre de la transition écologique et solidaire.
L’information est confirmée Le mercredi 17 mai à 15 h par le nouveau secrétaire générale de l’Elysée, Alexis Kohler, Nicolas Hulot a bien accepté de rentrer dans le gouvernement d’Emmanuel Macron.

De prime abord, on peut s’étonner de son choix, Mr Hulot va donc travailler avec  un chef de gouvernement, Edouard Philippe, ex-directeur des affaires publiques d’Areva donc pro-nucléaire et cerise sur le gâteau, co-signataire, avec Christian Estrosi, d’une résolution tendant à ré-étudier la possibilité d’exploitation des gaz de schiste, on essaye de croire que cela reste anecdotique.
Puis quand on voit que le ministre du budget, Bruno Lemaire était favorable carrément au retrait du principe de précaution de la constitution, que le Président de la République lui-même est disposé à la réouverture des chasses présidentielles, que son propre parti, la République en Marche, investit une femme torero, aux législatives, on ne sent pas une propension farouche à la protection de la nature.

Qu’est venu faire, Nicolas Hulot dans cette galère ?

Nicolas Hulot invoque l’urgence écologique qui ne pouvait pas attendre cinq ans de plus. Pas besoin d’être un très grand prévisionniste pour se demander s’il n’y avait pas déjà un impératif quelques temps auparavant quand François Hollande avait demandé à Nicolas Hulot de devenir ministre. L’action  aurait pu être engagée alors. Nicolas Hulot trouvait difficile d’exercer cette mission sans échapper à une forme d’interprétation politique.

C’est sans doute pour cette raison que l’écologiste le plus populaire de France n’avait soutenu aucun candidat à cette présidentielle avant le premier tour en se contentant de distribuer une série de bons points en particulier pour le programme de Benoit Hamon totalement ouvert à la transition écologique.

Il martelait qu’il préférait soutenir des idées plutôt qu’un candidat au grand dam de Yannick Jadot qui regrettait (sic) « qu’Hulot ne soutienne pas un vrai candidat écologique au lieu de se sacrifier à essayer de convertir un type qui est zéro en écologie alias Mr Macron ».

Pourtant Mr Hulot a persisté dans sa neutralité et voyant que le programme d’Emmanuel Macron commençait à intégrer quelques variables favorables à l’environnement, il s’était même fendu d’une déclaration spécifiant qu’il y avait un modèle économique qui n’était pas compatible avec les enjeux climatique et écologiques  (20 minutes du 28/02/2017).  Comprenez le modèle libéral.

Par ailleurs Nicolas Hulot avait lancé avec 80 associations « un appel des solidarités ». Le collectif souhaitait lutter contre les inégalités sous toutes ses formes, contre la fraude et l’évasion fiscale et contre l’impunité des banques, des politiques et des multinationales en mettant en avant les « oubliés » de la société, c’est à dire la nature, les générations futures, les personnes en difficultés, exclues et discriminées, les « sans voix ».
Même si comme le soulignait Valéry en son temps « la gauche n’a pas le monopole du cœur », on peut trouver quelques antagonismes entre cette profession de foi et le gouvernement Macron.

Déjà, comme marqueur de solidarité on peut faire mieux que réduire les impôts des plus fortunés en allégeant la fiscalité des revenus du capital avec une taxation forfaitaire à 30% et réduire l’ISF aux seuls patrimoines immobiliers exemptant les actifs financiers.

Puis il y a l’absence de ministère du logement alors qu’on dénombre 600 000 logements indignes et 4 millions de mal-logés, la fondation Abbé Pierre faisant partie de l’appel des solidarités a par ailleurs lancé un communiqué s’indignant de ce manquement.

Il y a surtout l’orientation centre droit ou très à droite d’une partie du gouvernement et leurs prises de positions antérieures.

Prenons deux  exemples :

- soit Gérard Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics,  sa position sur le mariage pour tous et ses propos homophobes très à contrario avec l’appel des solidarités, le Centre LGBT en faisait partie, 

- soit  la conception très particulière de l’écologie chez Bruno Lemaire qui est pour un retour des trente glorieuses, pour les infrastructures routières et pour le chantier de Notre Dame des Landes.

Et enfin il y a les positions d’Edouard Philippe en tant que député, très abstentionniste, ce qui n’est pas bon signe, on notera qu’il a voté contre les lois sur la transparence de la vie politique, contre la loi relative au cumul des mandats et contre la loi sur la transition écologique, tout ce qui légiférait contre le sens de l’appel des solidarités donc.

Nicolas Hulot l’a bien spécifier pour une vraie politique écologiste, il  ne faut pas juste additionner quelques mesures, mais respecter une cohérence et des principes éthiques, philosophiques, humanistes. (Le monde 23 mars 2017)

Et puis, plus  prosaïquement, on se demande comment Mr Hulot, tout seul, va mettre en place une vraie politique de transition écologique qui demande des moyens conséquents avec un Bruno Lemaire ministre de l’économie et un Gérard Darmanin qui va tenir les cordons de la bourse. Au culot Mr Hulot !  Au culot …

Dans l’immédiat il y a les élections législatives, et il y a beaucoup à parier que  beaucoup de français sensibles aux questions écologiques vont suivre la position de Mr Hulot  et voter pour les députés La République en Marche, peu ou pas sensibilisés à la cause environnementale, parachutés dans leur circonscription au détriment de vrais hommes et femmes de terrain, très au fait de ces sujets et qui luttent au quotidien sur leur territoire, les députés EELV soutenus par Benoit Hamon et Yannick Jadot.

On peut se demander d’ailleurs si cette grosse prise de notre nouveau Président très stratège, cette belle nomination très médiatique de Mr Hulot n’a pas des intérêts clientélistes voire carrément électoralistes. Mr Hulot ne serait peut être qu’un faire-valoir  vert pour mettre en avant la qualité d’ouverture du nouveau gouvernement. 
Un appât, une sorte de trophée, comme cette tête de sanglier empaillée au dessus de la cheminée des vieilles maison de campagne, une grosse prise, du temps où l'on taquinait la tourterelle et le perdreau.



De Sophie Boussemart.

1 commentaire:

  1. on ne voit pas bien quel poids aura Hulot lors des arbitrages budgétaires, face à LeMaire et Philippe. Il a d'ailleurs je crois approuvé récemment le démarrage de la construction de ND des landes. Pour le moment, c'est un objet mis en vitrine pour les législatives, nécessité marketing, car la campagne présidentielle à mis en évidence l'indifférence de Macron pour les questions écologiques. Il ne faut négliger aucun segment de marché. Ensuite, Hulot aura le choix entre démissionner, être démis, ou se renier. Clap de fin, Nicolas !

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