mercredi 17 mai 2017

la dette, hold-up du siecle



 de l'avis de tous, "Il n'y a pas d'alternative à l'austérité

There Is No Alternative (Margaret Thatcher)

Si tous les économistes et partis politiques sont d'accord, moi, je ne discute pas. D'ailleurs, je suis un zéro en économie.  Mon ignorance est tout simplement crasse et je voue un respect total aux experts, théoriciens, éditorialistes spécialisés qui sont bien mieux placés que moi pour décider ce qui est bon, pour nous, et pour La France ! Je m’écrase !

J'ai comme un doute. Peut-on croire les économistes ?


 Ces choses-là sont rudes, il faut pour les comprendre avoir fait des études !  (V. Hugo, Les pauvres gens)
Je n’ai pu cependant me garder d’observer que toutes les prédictions économiques finissaient par être démenties.
Mais enfin, quoi, en sciences, une théorie qui est infirmée par l’expérience est condamnée! Pas en économie?
Les articles traitant d'économie sont par ailleurs truffés d'erreurs grossières de méthodologie, la plus commune étant de faire passer la corrélation de deux données statistiques pour une relation de cause à effets.

Le marché comme juge absolu et le profit comme droit naturel


Un autre indice qui me fit soupçonner l’économie de ne pas être une science, c’est les postulats sur lesquels repose la doxa économique dominante, incarnée par le "cercle de raison" des amis d'A. Minc et J. Attali.

Par exemple, le culte du marché repose sur l’aphorisme selon lequel : « la combinaison des égoïsmes individuels aboutit à un optimum pour la société » (résumé lapidaire de « la richesse des nations » d’Adam Smith) et que les « lois du marché » aboutissent à un équilibre vertueux. Postulats discutables qu’il est assez facile de démentir.

Le capitalisme est cette foi ahurissante que les hommes les plus pervers feront les choses les plus perverses pour le plus grand bien de tous.(JM Keynes)


 Du même ordre est l’opinion selon laquelle les dividendes sont une « juste » rétribution de l’actionnaire. Je ne comprends pas en vertu de quels principes philosophiques ou religieux on peut considérer que de posséder déjà des richesses confère un droit à en accumuler davantage. Dans ce cas, il faut absolument annexer ce droit à la déclaration universelle des droits de l’homme et inscrire la valeur recommandée des taux d’intérêts dans la Constitution. Il est vrai qu’avec le projet constitutionnel européen de 2005, on n’en est pas passé loin.

Y'a comme un loup. L'économie est une idéologie ...

quand c'est flou, c'est qu'y'a un loup (Martine Aubry, philosophe)
Bref, je soupçonne fort l’économie d’être une idéologie, et ses concepts de recouvrir une réalité plus brutale. 
Prenons par exemple « la rigueur ». Etre rigoureux, c’est louable. C’est à la fois la droiture du raisonnement, l’honnêteté du comportement, et la bonne gestion de ses comptes. Dans les cultures luthériennes, où la sobriété des mœurs est exigée par le Créateur, rigueur se dit « austérité », ce qui fait aussi très bien.
 Comment ce concept se retrouve-t-il dans les pratiques de gouvernement ?


Ce qu'en disaient les vieux maîtres du socialisme : la plus-value 

Je travaille en rédigeant ce texte et je travaille en préparant un risotto pour les amis qui viennent ce soir, mais, ce faisant, je ne produis pas de marchandise.
Pour que le travail produise une marchandise, il faut que son résultat ait une valeur d’échange, avec une contrepartie en monnaie.
Pour que mon travail me permette d’assurer ma subsistance, il faut que je le vende.
La différence entre la valeur d’échange produite et mon salaire constitue la plus value de mon travail.

Que fait on de la plus value et qui en est propriétaire ?

Là où commencent les soucis, c’est que je ne suis pas propriétaire de cette plus-value, pas plus que je n’ai de jugement sur l’utilité de la marchandise produite (contrairement au risotto !).
La plus-value est ventilée en différents postes, où on peut distinguer ce qu’il est nécessaire de réinvestir pour moderniser l’outil de travail, les taxes, et la rétribution du propriétaire de l’outil de production.
Les taxes vont revenir à la collectivité : maintien de l’appareil d’état, politiques publiques, services à la population.
Mon salaire lui-même va être amputé d’une proportion variable que je consacre volontairement à la solidarité avec mes semblables : assurance maladie, chômage, retraites.
« Charges sociales » et taxes font donc parties de mon salaire réel, même si seulement une fraction m’en est personnellement attribuée. Ce n’est donc pas « l’argent des riches » qui est redistribué par ce moyen, mais bel et bien le fruit de mon travail.
Le profit, lui, demeure.

La croissance, période bénie de la collaboration de classes


En période de croissance, l’extension du marché et les gains de productivité permettent  d’accroitre tout à la fois le profit et le salaire réel. Les gouvernements disposent de marges financières pour assurer la pérennité de l’état social. Les syndicats ont du « grain à moudre ».
Mais une croissance infinie du volume des marchandises dans un monde fini n'est pas soutenable, d'autant moins qu'elle s'accompagne d'une destruction incontrôlée de l'environnement.

La crise, ou la lutte de classes du capital


En  période de crise, liée en partie à la financiarisation de l’économie et à la stagnation de la productivité, le maintien du rendement du capital ne peut se faire qu’au détriment du salaire réel, avec trois axes d’attaque : mise en concurrence et précarisation des salariés, diminution des « charges sociales », c’est-à-dire de la part du salaire dévolue à la solidarité, diminution des impôts, c’est-à-dire de la part du travail rendue à la société.

 

"AFFAMER LA BÊTE"


Les politiques menées par les gouvernements conservateurs consistent en l’organisation méthodique de cette véritable lutte de classes : dérégulation financière, démantèlement de l’état social, assèchement financier des services publics, privatisation des biens communs comme les routes, l’énergie, les moyens de transport, l’éducation ou la santé.

C’est l’austérité, prônée par Margaret Thatcher, dont le mot d’ordre « starve the beast ! », « affamer la bête », s’applique principalement à l’état social et aux fonctionnaires des services publics.

Le programme électoral de François Fillon, avec la suppression de 500.000 postes dans la fonction publique et la marchandisation de la santé, s’en inspire, avec plus de 30 ans de décalage. L’extrême violence sociale d’un tel programme excède le niveau d’acceptation par la société et n’est pas politiquement tenable.

Social-libéralisme. La dette.

 L’alternative, dite de « la rigueur » est en fait une version adoucie du même programme dans laquelle le maintien à flot des services publics et de la solidarité est assuré par l’emprunt, qui constitue finalement la dette publique.

Il n’est pas immoral de s’endetter pour investir, comptant ainsi sur des jours meilleurs qui ne peuvent manquer d’arriver. D’où la recherche incantatoire de la croissance par les partis de « gauche de gouvernement », et des initiatives visant à relancer l’investissement (Pacte de responsabilité, CICE, Crédit impôt recherche) quitte à mettre au régime sec les services publics.
Ces transferts massifs de ressource sont réalisés sans exigence de contrepartie, conformément à l’idéologie libérale qui postule que les acteurs privés feront toujours mieux que l’état.
Las, ces initiatives, loin de relancer l’activité et l’investissement, ont constitué un effet d’aubaine, et les ressources engagées, loin de favoriser l'emploi, se retrouvent finalement figées en patrimoine, mises à l'abri dans les paradis fiscaux, réinvesties dans la finance  ‘haute performance’.  

Le bilan final est désastreux. Les entreprises du CAC40 ont en 2016 distribué des dividendes record. Les services publics, hôpital, justice, éducation sont à la dérive, la dette publique enfle et les inégalités de revenu et de patrimoine sont pour l’heure pires que ce qu’elles étaient en 1900. 

Vous devrez rembourser votre salaire !


Un caractère particulièrement pernicieux de la dette, contrepartie de l’austérité, est qu’elle est détenue par des instituts financiers et des banques. Au final, le paradoxe est extraordinaire : ce que le capital ne vous donne plus en salaire réel, il vous le prête !  A condition que vous restiez sages …

Comment s'en sortir . Les propositions de Benoît Hamon

 

La dette accumulée par les politiques antérieures, jointe aux cadenas mis en place par les traités européens forment un formidable boulet pour la mise en place d'une politique socialiste.
Dans son programme du futur désirable, Benoît Hamon propose
la restructuration de la dette, qui va de la renégociation à son abandon partiel
la mutualisation des dettes au plan européen
la démocratisation de la gouvernance de la zone euro afin de rendre aux peuples la maîtrise des politiques budgétaires.
 

  Auteur: Aristide

2 commentaires:

  1. Bonne analyse ! Oui le bilan est désastreux et avec un ministre de l'économie (Bruno Lemaire au secours !!! Il faut lire son programme de la primaire !!!) et un premier ministre "à droite toute", tiens toi prêt à d'autres démonstrations !

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  2. Analyse très intéressante ! J'ai eu une discussion à ce sujet avec une amie,lors de laquelle on s'est rendues compte que si on étaient capable de comprendre le système économique d'aujourd'hui (gestion du budget de l'état, etc)et de l'expliquer de façon simplifiée, alors nous serions encore plus à même de présenter les valeurs du futur désirable auprès de tous. En effet, l'argument du portefeuille est un outil efficace. .. peut-être une piste pour permettre a beaucoup defendre notre projet ?

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