dimanche 14 mai 2017

l'intouchable Intouchables


On m’a dit que sur TF1, ce dimanche il rediffusait le blockbuster à la française  « Intouchables ». Je vous propose une critique plus « sociale » du film rédigée à sa sortie.



L'intouchable Intouchables
Un petit couac parmi un concerto d'éloges, un bémol dans une sérénade de louanges ou comment ne pas passer pour anticonformiste, snob, sourcilleux et trouble-fête et s'avouer insensible au phénomène aux huit millions d'entrées en seulement quelques semaines d'exploitation, en passe de devenir le film français le plus populaire de l'année, le très médiatique et retentissant Intouchables.
Ne pas d'adhérer obligatoirement à tous les succès du box office peut constituer en soi une marque d'indépendance d’esprit. Rester de glace devant le Titanic, louper la vague du Grand Bleu, ne pas digérer la tambouille de Bienvenue chez les Ch'tis, préférer l'orange de la mécanique de Kubrick au bleu de l'Avatar de Cameron, le Festin de Babette au Diner de cons, Taxi Driver à Taxi 2, tous ces films où l'engouement du public paraît parfois inexplicable, ces phénomènes de société aux revenus engendrés substantiels dont on arrive à récuser les atouts sans élitisme parce que tout est affaire de goût même en matière de box office.
Le cas d'Intouchable est particulier et chaque critique émise par ses détracteurs est autant de grenades jetées sur le Taj Mahal. Le film d'un optimisme décapant joue pourtant avec des clichés grossiers, le très pauvre qui n'est pas heureux dans sa banlieue miteuse, soit dit en passant ce n'est pas le seul en ce moment qui se donne du mal pour faire estampiller à tout prix les paperasses de Pol Emploi et le très riche très malheureux cloué à sa chaise et aux carcans de la haute société.
Entre les deux il s'agit que de salades de mièvreries servies il est vrai par deux excellents acteurs, un confirmé, François de Cluzet et une bonne vraie révélation Omar Sy.
L'argument choc du film fourni sur un plateau d'argent, « l'histoire vraie », ne légitime pas les facilités du scénario.
Un riche aristocrate qui devient tétraplégique à la suite d'un accident de parapente, on note ici l'acharnement du destin, après la révolution de 1789, l'arrivée de la gauche au pourvoir en 1981, l'ISF et pour clore le tout le parachute, lie une solide amitié avec un jeune de banlieue, le tout ponctué de gags hilarants, attention ressortons le plateau d'argent pour une autre emphase « sans tomber dans le pathétique ».
On le serait à moins, hôtel particulier sis Paris centre, Maserati, une gouvernante dévouée et appliquée à demeure, une secrétaire particulière en talons Louboutin, la description quelque peu édulcorée du quotidien d'un tétraplégique si difficile et austère en ces temps de crise de l'assurance maladie.
L'exploit aurait peut être été de soutenir le même rythme comique en suivant l'ordinaire d'un handicapé ordinaire et son auxiliaire de vie. Généralement dans la vraie vie, ce sont des associations type ADMR soutenues à bout de bras par les collectivités territoriales, qui gèrent ce type de personnel. Le salaire n'est pas mirobolant et la formation est sporadique, bien évidemment on oublie l'appartement de fonction et la baignoire sur pieds sabot.
L'aide à domicile s'occupe des taches ménagères et administratives, des dossiers à remplir pour obtenir différentes allocations, dans le monde réel la dépendance coute chère. « Pas de bras, pas de chocolat », la réplique en passe de devenir culte tombe à plat quand il n'y a peu de deniers pour le chocolat.
La toilette se fait généralement dans une salle de bains peu appropriée, ce type de mobilier a un coût et n'est pas invariablement pris en charge par les assurances.
Pour sortir, l'environnement n'est pas toujours adapté, les ascenseurs des logements sociaux souvent en panne, les rampes d'accès inexistantes, on n’aborde pas la rue directement par d'imposantes portes battantes, pas de Maserati, on a rarement la possibilité de disposer d'une voiture break « type bétaillère », dixit un des gag soit disant désopilant du film et se servir des transports en commun devient, on va dire pudiquement, une véritable épopée.
Difficile avec une telle refonte du scénario de penser que notre banlieusard rebelle accepte le job et arrive à se prendre d'affection avec la personne dépendante qui l'emploie sans dorures et strass, ça arrive pourtant tous les jours.
Les médias suite au succès tonitruant du film se sont jetés dans la brèche. On a pu suivre maintes fois à la télévision le consul de France à Londres, Monsieur Edouard Braine lui même tétraplégique et se rendre compte du retard incommensurable de la France en matière de mobiliers urbains adaptés. Telle ou telle radio y allait de sa petite anecdote sur un problème d'accessibilité rencontré par une personne en chaise roulante. Comme d'habitude, on a survolé le problème et forcé de constater que notre société a encore du mal à prendre en compte le handicap. Il reste une cause d'exclusion sociale, en commençant par l'école jusqu'à dans le milieu professionnel.
Les personnes handicapées ne peuvent pas pleinement participer à la vie de la cité.
Peut être que sur ce point le film aura été un révélateur.
Reste la forme, une comédie enlevée sur une trame tragique. Ici le comique repose uniquement sur les situations décalées entre les deux personnages. On rigole certes mais il manque de la sensibilité et la tendresse. Quand elles s'expriment on se demande si elles ne sont pas induites par l'étalage de frasques et de richesses. On accentue encore volontairement la différence sociale au détriment au final des liens de fraternité véritables des deux protagonistes et cela manque singulièrement de sincérité. Persistent quelques très gros éclats de rire et là apparaît la dernière épate, l'argument de choc, service en argent et verres en cristal : « l'humour irrévérencieux ». On fume et pas uniquement des cigarettes, on boit, on se moque ouvertement des handicapés de la police des institutions, le film fait, en somme, le haka au politiquement correct. Assurément, mais le vaudeville reste convenu et conventionnel quand même. Au final même l'intrigue se termine par une romance à l'eau de rose.
Alors aux amateurs de rire inconvenant, aux férus de véritables comédies humaines et pour se remettre de cette fadaise stéréotypée pleine de trop bons sentiments, il est temps de revoir le « Big Lebowski » de Joel Coen. Ce chef-d'oeuvre de dérision et d'absurde pourra se visionner sous une couette.  Les éructations et élucubrations du « Dude » couvriront pour un temps le buzz assourdissant d'Intouchables.
Et à part ça, il passe quoi sur TF1 ce soir ?


1 commentaire:

  1. Une critique juste, un tantinet critique critique... Mais je suis plutôt d'accord. D'autant que je connais bien le sujet....

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Tout commentaire agressif et raciste sera enlevé, mais des dialogues constructifs sont les bienvenus

c' est la cata !!!

Me revoilà après un petit passage à vide , les dernières semaines les choses sont allées mal dans le monde , mal pour la nature , pour les...

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