mardi 30 mai 2017

N'y a-t-il pas d'urgence à supprimer l'état d'urgence ?








N’y a-t-il pas d’urgence à supprimer l’état d’urgence ?


Le mercredi 24 mai, Emmanuel Macron a fait savoir qu’il ferait voter en juillet une énième prolongation de l 'état d’urgence jusqu’au 1er novembre 2017, cela fera la sixième depuis les attentats du Bataclan en Novembre 2015 qui avaient fait 130 morts.

S’il y avait un candidat dans cette élection présidentielle qui affirmait clairement son opposition à la continuité de cet état d’urgence, c’était bien Benoît Hamon.


Dans le débat des primaires qui l’opposait à Valls,  il confirmait déjà ceci :
« Je pense que quand on est candidat à la présidence de la République, on écoute et on respecte les avis des plus hautes juridictions, Conseil constitutionnel et Conseil d’État. Ils disent que l’état d’urgence ne peut pas être permanent 
… il me semble qu'au regard des instruments qui sont ceux de nos services de police, de la justice, on dispose de tout l'arsenal pour lutter efficacement contre le terrorisme sans maintenir l'état d'urgence. » 

Effectivement tout est déjà prévu dans les deux lois anti terrorisme et renseignement qui ont été votées sous le quinquennat de François Hollande. Les policiers, gendarmes et agents du renseignement sont dotés de nouveaux pouvoirs, surveillances électroniques, perquisitions de nuit, assignations à résidences, dissolutions d’associations, expulsion d’imans appelant à la violence …

Alors pourquoi continuer de mettre notre démocratie en veilleuse car il s’agit bien de cela.

Par la loi d’urgence, l’arbitraire de l’état et de la police est renforcé et le contrôle de la justice est amoindri.
Les autorités ont tout pouvoir sur la circulation et le séjour des personnes, sur la fermeture des lieux ouverts au public, sur le droit de manifester, sur des perquisitions administratives sans contrôle d’un juge.

La Ligue des Droits de l’Homme et le Syndicat des avocats de France s’inquiètent de ces dérives et dénoncent une atteinte aux droits de la liberté, à la sécurité, à la liberté de mouvement, à la vie privée et aux libertés d’association et d’expression.

Beaucoup trop de perquisitions administratives sont réalisées pour des affaires de droits communs avec aucuns liens établis avec le terrorisme. Plus grave encore, « l’état peut rechercher facilement n’importe quelle information sur n’importe quel appareil électronique ou informatique et notamment toute information accessible via des identifiants, mot de passe collectés lors d’une perquisition, tout contenu stocké sur Internet », selon la Quadrature du net. En clair, la sécurité de nos données numériques serait menacée.

Et puis il y a l’histoire  de notre nation, et les conséquences désastreuses de l’état d’urgence de 1961,  pendant la guerre d’Algérie,  qui ont provoqué l’assassinat de centaines d’algériens à Paris et la répression d’une manifestation pour la paix qui conduira encore la police à l’assassinat de neuf militants à Charonne.

Avec l’état d’urgence un gouvernement plus autoritaire, ou qui pourrait être débordé par des manifestations et des mouvements sociaux en cascade aurait les mains libres pour frapper plus durement les opposants.
Qui peut croire que la réforme du droit du travail par ordonnances voulue par Macron ne va pas provoquer l’embrassement des conflits sociaux ? Dans le contexte de l’état d’urgence, sera t- il alors possible de s’engager et de militer sur l’espace public librement et sans risque d’actions plus brusques des forces de l’ordre ?

Ce qui est clair c’est qu’une majorité de français est favorable à la prolongation de l’état d’urgence parce qu’elle vit dans la peur savamment entretenue par certains partis politiques. Mais les français sont quand même désabusés car ils s’aperçoivent bien que ce dispositif n’est pas toujours efficace et n’y croient plus. (sondage réalisé par YouGov pour le HuffPost et iTélé 29/07/2016).

« On nous dit de sortir et de profiter de la vie, de crier haut et fort que nous n’avons pas peur mais ce message d’espoir et de résilience nous ne l’entendrons pas si nous vivons trop longtemps  avec des mesures  qui restreignent notre liberté. »  Souligne le député écologique Noël Mamère et il rajoute justement « Nous envoyons un message de résignation à l’Etat Islamique qui veut apporter la preuve que notre état de droit est faible. »


Benoît Hamon a raison « l’état d’urgence ne remplit plus de fonction à part la fonction symbolique ». Il faut renforcer et coordonner tous les services de renseignement et répartir plus de policiers sur le terrain, sur tout le terrain y compris les banlieues difficiles.

Et surtout travailler en amont, pour une société plus juste, humaniste, égalitaire et laïque pour que plus jamais des fils et des filles de France se radicalisent jusqu’à prendre les armes contre leur pays. Le terrorisme est une guerre menée par une armée qui n’a pas de notion de crime contre l’humanité et se moque éperdument des lois internationales, il faut lutter pour la paix et contre les discriminations sous toutes ses formes. Si Paris est une fête, notre « bien vivre ensemble » doit l’être aussi !



1 commentaire:

  1. voir le rapport d'Amnesty International du 31/05. Depuis 2015, les préfectures ont utilisé l'état d'urgence pour interdire 155 réunions ou manifestations. Sur les 683 mesures d'interdiction de séjour, 639 avaient pour but explicite l'empêchement de participer à une manifestation et visaient des militants de gauche. La où on sort complètement de l'état de droit, c'est que les mesures restrictives de liberté visent des intentions supposées et non des actes et sont laissées à la libre appréciation de l'exécutif.

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