samedi 10 juin 2017

Pour une bouffée d'inégalité




Chaque matin elle fume son joint. Ces bouffées laiteuses s'insinuent dans son corps et apaisent ses muscles douloureux. Ce cancer a bien failli la tuer, à quatre reprises, et pourtant elle est toujours là. Elle l'a battu cette saloperie! Sur le ring de boxe, la victoire douloureuse a sonné! Le prix de cette dernière, des séquelles irréversibles, de la rouille, mais il faut vivre. Chaque matin elle fume son joint! Chaque matin elle repense à ces minutes où elle est morte! Chaque matin elle repense au fait qu'elle n'a vu ni tunnel, ni lumière: que la mort en définitif. Mais il fallait qu'elle vive, pour elle, pour sa fille... Alors chaque matin elle fume son joint. 

Tous les soirs il fume sa douille. Avant de se coucher cela l'apaise. Il a toujours du mal à encaisser l'annonce qui lui a été faite: il est bipolaire. Il ne réalise pas, mais il comprend pourquoi... pourquoi ces crises d'euphorie, pourquoi ces crises de déprime! Tous les soirs il fume sa douille. Il sait qu'il ne devrait pas. Son permis lui a été retiré à cause de ça. Il a été en prison à cause de ça. Pour une douille, parce que ça, ça reste dans le sang bien longtemps. Il n'était pas stone, sa douille remontait à la veille, cela lui a valu 3 mois d'incarcération. Mais cette herbe le canalise, en attendant de trouver le bon traitement. 

En soirée, elle n'entend rien. Elle passe souvent pour une simplette. Pourtant on l'a qualifiée de surdouée au vue de sa surdité sévère. Aussi incroyable que cela puisse paraître lorsqu'elle fume du cannabis, elle entend mieux, et devient comme les autres. Alors elle s'autorise ce luxe, de temps en temps, en soirée, de temps en temps pour, comme les autres, s'amuser. 

Chaque heure, chaque jour, il fume, pour noyer son mal-être, il ne décolle pas des étoiles. Il ressasse sa douleur, trop las pour pouvoir avancer et construire un avenir. Il a tout perdu, son emploi, licencié économique, sa maison, ses parents, son humilité... Personne pour le soutenir, l'encadrer, le guider. Parce qu'il est le visage de tous, parce qu'il représente les failles de chacun. Parce que sa peine est la votre, enfouie au plus profond de vos entrailles. Parce que lui, il n'a pas su la gérer, comme une marmite bouillonnante qui a besoin d'exploser: il a choisi le cannabis, quand vous avez choisi la nourriture, les jeux vidéo, la cigarette, l'alcool, le café... 

Lui, est agressif, sa haine il la lape et la régurgite sur sa famille. Il boit l'argent, dilapide les cœurs, tue son âme. Il souffre, mais sadiquement il fait souffrir les autres et se passe en victime, alimentant ses démons. Régulièrement, quand il se réveille, il prend le volant la tête encore embrumée. Régulièrement, quand il émerge, il prend le volant, les orbites non alignés! Il n'a plus un gramme dans le sang! Pour quelques heures de sommeil, les cheveux à l'envers, il peut vaquer à ses tourments légaux, narguant les forces de l'ordre. 

Outre le fait de diminuer la délinquance liée au trafic de marijuana, légaliser le cannabis permettrait aussi d'établir une meilleure prévention de sa consommation. Cela permettrait également d'aider certains patients en souffrance; cela permettrait une nouvelle filière économique; cela permettrait toutes ces choses, en effet!
Cette légalisation est de toute évidence pertinente, mais cette dernière devra être rôdée et contrôlée, tout comme le préconise Benoit Hamon dans son programme!



2 commentaires:

  1. Bel article Mathilde! Emouvant, et qui fait réfléchir! Une plongée dans diverses réalités bien loin du cliché tant entendu pendant la campagne présentant Benoît Hamon comme le potentiel président de ceux qui fumeraient des joints tranquillement en étant payés à ne rien faire... Merci!!!

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  2. Pour moi ce sujet, c'est compliqué, Alors ton texte, il aide à voir les choses autrement, à se mettre à la place des utilisateurs...En ce qui me concerne, je suis pour la dépénalisation, pas fiche un casier à vie à un gosse pour un joint, mais la légalisation sans restriction me pose vraiment question, pour l'avoir vu à l’œuvre en Espagne au début...ils ont dû tout de même restreindre...L'usage récréatif est autorisé, l'usage médical donne lieu à délivrance d'ordonnance. En privé, on fait ce qu'on veut, on échange des graines, on cultive à titre perso et on fume, mais en cas d'usage sur le voix publique on écope d'une amende de 300 euros sauf erreur,mais c'est pas forcément pareil dans toute l'Espagne du fait des régions autonomes, la vente n'est pas autorisée sauf sur ordonnance, le cannabis médical est encadré...Le trafic par contre est prohibé, la culture privée pour revente est interdite, pas de magasins non plus ! Je trouve ça équilibré...
    Sinon à titre perso, j'ai traversé les années soixante sans toucher un joint et franchement quand je voyais l'effet que ça faisait aux autres, ça me donnait pas envie...Perdre le contrôle de ce qu'on fait, vider le frigo, rire sans savoir pourquoi, obligé le chauffeur à rouler à 10 à l'heure parce qu'on est déconnecté du réel et qu'on a l'impression de faire du 120, vraiment j'ai jamais aimé ça chez les autres, alors pour moi..., je suis accro au peu de liberté dont on dispose, farouchement accroché à mon indépendance, alors la dépendance même aux cigarettes, a l'alcool, ou au cannabis, c'était pas pour moi...Après je suis accro à des trucs comme tout le monde, dont je ne sais pas me passer: les bouquins, la danse, mon taf, et bien sûr ceux que j'aime, c'est fait déjà beaucoup, inutile d'en rajouter je trouve ! Mais les autres, je comprends qu'ils puissent penser et agir différemment, tant qu'ils n'essaient pas de m'obliger à faire comme eux...

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