dimanche 23 juillet 2017

Le blues du 2 juillet




Le blues du 2 juillet, ou les états d’âme d’une hamoniste le lendemain du rassemblement de Reuilly


Je me réveillai, dimanche matin, dans la chambre d’hôtel à Paris, le moral comme un lendemain de fête, l’enthousiasme dégonflé.


Trop loin des miens, toute seule jusqu’au départ du train en fin d’après--midi et des billets « Prem’s » non échangeables.

Je devais traîner à l’exposition David Hockney à Beaubourg, jusqu’à l’heure du train.
Et ce matin, étreinte par un grand coup de spleen après le trop plein d’émotions d’hier, je n’avais plus envie de rien.


La bonne nouvelle de la soirée de la veille après coup ne m’apparaissait pas si opportune que ça.
Je n’étais pas encartée PS, mais le parti même, si le GPS était complètement brouillé, représentait inconsciemment un sas de sécurité, on était sur une topographie, un plan, le quitter c’était naviguer sans carte ni boussole, juste à la position des étoiles, à la mousse sur le troncs d’arbres comme indicateur Nord-sud. .


On avait beau assumer ces 6,36%, après deux échecs cuisants consécutifs, nous demander de relever le challenge de monter un mouvement à partir de rien, c’était une sacrée gageure.
Il était bien gentil, Benoît, mais recommencer tout à zéro, le terrain, les mots, tellement de mots encore à perdre sur la « toile internet » et puis encore abandonner un peu plus les miens. Je vais devoir expliquer à mes filles qui revendiquaient ne pas aimer Benoît Hamon parce qu’il leur volait leur maman que finalement les élections c’étaient que le prélude, que tout finalement était à refaire et plus encore !


Il y avait des dimanches matins comme ça où on n’a pas envie de se laisser toucher à la faveur du défi à relever, où on a même envie de rien juste de végéter dans le hall d’une gare avec un vieux bouquin.


Je décidai de m’offrir le taxi jusqu’à l’horloge de la gare de Lyon, et puis après une course à tombeau ouvert le long de la Seine sur un petit bout du Te Deum de Mozart, je n’avais plus le cœur à m’enfermer.




Cette musique d’une beauté sans nom pousserait n’importe quel athée convaincu à la conversion.


Le ciel restait sombre chargé d’un chamarré de gris, de lumière et de pluie qui ne se décidait pas à tomber et Paris tout grand m’était offert alors j’ai choisi de flâner jusqu’à la place de la Bastille.


Elle fut rapidement sous mes yeux La place de la Bastille et la colonne de juillet en son centre calfeutrée par les travaux.


Tout en haut trône le Génie de la Liberté. Je lui ai trouvé des faux airs de Jupiter-Macron exposé crânement, doré éclatant et ailé, le bras droit levé provocant, la main tenant une espèce de flambeau qui essaie de crever le ciel.

Mais aujourd’hui, Jupiter n’était pas faiseur de pluie, c’étaient les flèches affûtées du soleil qui perçaient les nuages.



Alors, les pieds dans les plaques et le nez en l’air dans Paris, je continuai mon chemin sur le boulevard Beaumarchais jusqu’à la place de la République.


Il y a des matins comme ça où on avait envie de caresser un lion en plein Paris, c’était Mozart et la frivolité d’un matin d’été qui me poussaient à l’inconstance.


Je retrouvais le fauve aux pieds de la belle et majestueuse République toute droite dans son manteau d’honneur qui m’attendait. Je m’assis sur un banc à gauche du lion et fixai le brin d’olivier maintenu en l’air par Marianne ;


« Dis moi Marianne si tu avais à me parler que me raconterais-tu ? »




Le souvenir d’un rassemblement un 18 avril 2017, d’une foule immense bigarrée et joyeuse, d’un ultime discours, une ode à la République et une promesse :


« Et moi je vous fais un serment, c’est celui de me battre pour ce futur désirable avec la rage des lions sculptés ici sur cette place de la République,

je me battrai pour toutes les générations dont je veux faire l’alliance,

je me battrai pour la jeune mère de famille comme le retraité qui ont peur dès le début du mois,

je me battrai pour que l’étudiant passe plus de temps à étudier qu’à essayer de payer ses études,

je me battrai pour que Camille, Mamadou, David, Leila, soient enfin égaux devant l’école, devant l’emploi, devant le logement, que seuls comptent leur énergie et leur talent et qu’ils vivent heureux ensemble, pour que plus personne dans ce pays ne soient jugé par ce qu’il ou elle est, pour que plus personne n’ait plus jamais à baisser la tête !

Pour tous les couples qui ne doivent plus se demander s’ils peuvent se donner librement la main dans la rue,

Je me battrai pour le salarié, pour le fonctionnaire comme pour le chômeur,

Je me battrai pour l’ouvrier d’ici, celui de Gad comme celui de Whirlpool, mais aussi pour celui de Chine ou de Pologne avec lequel le capital le met en concurrence,

Je me battrai avec la foi inébranlable de ceux qui mènent un combat juste,

Je me battrai parce que nos solutions sont celles qu’appelle le monde nouveau,

Je me battrai dimanche et je me battrai après,

Je me battrai avec vous,

je me battrai toujours,

Parce que je me bats pour la Liberté, pour l’égalité, la Fraternité, parce que je me bats pour la République et que rien ne m’arrêtera ! »



Il nous avait bien prévenu, Benoît Hamon, qu’il se battrait après, qu’il se battrait toujours alors, ai je le droit d’abandonner maintenant. Le projet n’a pas changé, ses idées non plus.

Ai-je le droit de lui reprocher de quitter un parti auquel je n’ai par ailleurs jamais adhéré et qui lui a planté tant de couteaux dans le dos ?

Certainement que je le suivrai Benoît Hamon, sans le GPS convenu du PS.

C’est un immense honneur et un défi aussi de nous demander de reconstruire la Gauche. La forme horizontale du nouveau mouvement nous poussera vers davantage d’interrogations de débats et peut être d’audace. Ce sera moins confortable mais certainement plus exaltant, la tâche reste immense.


C’est dans le TGV aux alentours de Bourg-en-Bresse que j’ai achevé cette chronique dans un cahier, comme quand j’avais 17 ans.

Est ce qu’on est sérieux quand on a 17 ans ?

C’est à quelques mois près, l’âge de mon fils qui veut faire des études d’histoire, ou Sciences-Po, ou pêcheur professionnel sur le Lac Léman.


Lui, contrairement à ses sœurs, s’intéresse réellement à la politique Il m’a toujours dit qu’il suivrait Benoît Hamon sous l’intransigeante réserve qu’il quitte un jour le PS.

Bienvenu au M1717, mon fils !




6 commentaires:

  1. Merci pour ce magnifique texte qui me laisse en larmes. Inquiète depuis ce matin encore plus... l'annonce de la baisse des Apl...moi qui ai déjà retiré la viande de mon alimentation...qui me demande comment je vais garder mon petit T2 ...comment je vais faire pour boucler la fin du mois...bref les mêmes pensées que tous les français fragiles et désespérés de regarder Macron défaire le pays alors que nous espérons Hamon pour une reconstruction. Merci merci pour l'espoir en fin de page ...

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  2. Bonsoir Nathalie
    Merci pour votre message qui me laisse aussi des larmes ! C'est avec espoir que nous travaillons tous pour que le projet d'Hamon prenne forme un jour ! Bon courage à vous.
    Sophie

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  3. Bonjour Sophie,

    Merci de vos encouragements.

    Avez vous un M1717 vers chez vous ?
    À Narbonne il n'y a rien encore...en septembre nous essaierons de réunir les sympathisants de Benoît et de lutter sur notre secteur.

    Au plaisir d'une rencontre militante peut-être...

    Cordialement.

    Nathalie

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  4. Tout est à faire, à venir, à bâtir ... ça fait longtemps que tout reste figé ... que j'attendais qu'un mouvement léger, sans violence, m'emporte et le voilà ... nous voilà

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  5. Merci pour ce texte émouvant,oui ça va pas être facile mais nous avons l'envie,et l enthousiasme et la combativité, l'énergie, j'ai envie d'y croire nous n'avons pas le droit d'échouer pour nous, pour nos enfants même si parfois ceux-ci râlent car moi aussi j'ai une fille qui trouve que je consacre trop de temps à la politique. .. Mais avons nous le choix ?
    Nk

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  6. Je partage la même crainte de devoir être moins présente pour ma fille... Ce mouvement semble bel et bien toucher les Mères. Une bonne nouvelle. Je pense à cette statue au Mémorial de Vimy dans le Pas-de-Calais durement touché par la première Guerre Mondiale. Statue d'une mère pleurant son fils décédé. Et 100 ans plus tard, nous sommes toujours gouvernés par la testostérone et l'argent. Oui, c'est notre responsabilité de faire avancer ce mouvement. Mais ça fait du bien de lire votre témoignage. Nous sommes... un certain nombre. Nombre qui ne fera que croître, j'en suis sûre. Il faut réclamer le changement, vouloir un monde meilleur, un monde bienveillant et solidaire, gouverné par le coeur et la sagesse. Bonne soirée!
    Anne-Sophie

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Me revoilà après un petit passage à vide , les dernières semaines les choses sont allées mal dans le monde , mal pour la nature , pour les...

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