dimanche 12 novembre 2017

La condition des sexes ou le malentendu relationnel

Je suis un homme. Mais avec un drapeau blanc. Je ne viens pas porter un quelconque jugement sur le phénomène des hashtags récents dénonçant des pratiques criminelles à l'encontre majoritairement des femmes et dans une autre proportion, des hommes.



Je sais d'avance que je vais être jugé comme confisquant la parole des femmes sur un sujet qui les touche, leur place, la considération qu'on a de leur personne; je sais que je vais d'avance être considéré comme étant dominant par ma simple expression sur un sujet qui ne me concernerait pas.
Mais je prends le risque afin d'établir un point de vue, peut être classique mais dans une tentative de prendre du recul.
Cette réflexion n'a aucune démarche scientifique, elle se base sur mon vécu, on peut donc dire que c'est uniquement le développement d'une opinion.


Les crimes et les dérives comportementaux ont tous des causes. En fait, tout a une cause ou plusieurs causes. Une fois que je dis cela, finalement je ne dis pas grand chose. Mais du coup, être surpris est une réaction irrationnelle, si l'on sait que des causes sont à rechercher. L'étonnement ne sied que s'il conduit à une recherche. Sinon il conduit simplement à l'expression d'émotions radicales, au jugement parfois utile, mais qui ne changera rien.

Qu'est-ce qui engendre un comportement si particulier et si perturbant d'une partie des hommes envers les femmes ? Qu'est-ce qui conduit à des dérives radicales et avilissantes ?

Je ne vais pas ressasser les arguments et les raisons qui ont déjà été fort bien exposées un peu partout. En effet, il existe une histoire mondiale d'une différenciation en termes de droits selon le sexe et ce dans quasiment toutes les sociétés qui se sont succédées. La religion, parfois, la politique, souvent engendraient des différences de nature et tendaient même à nier une ontologie similaire de la femme par rapport à celle de l'homme. Il a fallu attendre longtemps par exemple pour admettre que les femmes aussi avaient une âme. On peut voir des similitudes d'ailleurs entre l'évolution de la pensée sur les esclaves et sur les femmes.
Donc historiquement en effet on induit des différences.




Mais j'ose personnellement penser que ces déterminismes sont moins prégnants maintenant et servent d'excuse pour maintenir un statut quo. En effet, dire que cela a toujours été ainsi est une facilité pour évoquer le fait qu'il faut que cela reste comme tel.

Je pense qu'il y a d'autres causes, notamment sociétales, qui expliquent des différences de comportement et non uniquement des causes juridiques envers les femmes.

Par exemple, j'ai toujours été choqué de la sexualisation systématique d'une relation homme-femme.

Combien, que ce soit dans les sondages, dans mon entourage, dans le message délivré par la société, de personnes hommes et femmes considèrent qu'une relation amicale entre un homme justement et une femme est impossible ? Pis, combien de personnes considèrent qu'une interaction entre personnes de sexes différents induit un rapport inhérent de séduction ?
Une majorité.

Cette base n'est donc déjà pas saine en soi.

 Considérer qu'il existe nécessairement a minima un jeu de séduction, ou un enjeu sexuel dès lors qu'une discussion s'établit entre un homme et une femme détermine la relation à être vue, et élaborée sous ce prisme.
 De fait, la relation sera biaisée et tournera autour d'enjeux tacites et pas forcément compris, à des degrés divers, selon les protagonistes et avec une interprétation justifiant toujours ce genre de tabou.

J'ai été au cœur de malentendus permanents, personnellement... Parfois une femme pensait que je voulais la séduire simplement, parce que je me souciais d'elle et de sa santé. D'autres fois, une collègue pensait que je possédais quelque intention, car je voulais simplement l'aider à résoudre une problématique.
 Inversement, j'ai vu des hommes se faire des idées dès qu'une femme exprimait une sympathie quelconque à leur endroit. Ce préjugé est instillé dès l'enfance et structure les interactions sociales, en les dévoyant, et induit un rapport totalement émotionnel et décalé à chaque échange.

Donc quand une femme veut mettre une jupe, c'est trop souvent perçu comme nécessairement l'expression d'une séduction immédiate, dans les interactions qu'elle aura avec un objet fantasmé de désir. Quand un homme est avenant avec le sexe opposé, il a forcément quelque chose derrière la tête.



La conséquence de ce genre de préjugé, couplé à une société qui ne vit qu'au travers du rapport de force, conduit à une radicalisation des relations et des discussions, une radicalisation des comportements engendrant un conflit, car la relation n'a pas généré de satisfaction, mais, au contraire, de la frustration.

Comme le rapport de forces est couplé à une société inégalitaire envers les femmes, la radicalisation des comportements place celles-ci souvent en défaut, ne leur laissant que l'inhibition, le secret et la soumission comme portes de sortie.

Pour moi, la cause première de ces excès et de ces crimes potentiels découle directement de préjugés tenaces et totalement infondés envers les rapports hommes/femmes.
Des préjugés entretenus hélas par les deux sexes.

Si vous ajoutez à cela, une catégorisation des qualités de chaque sexe, vous engendrez un sexisme qui engendre lui-même un besoin de l'autre sexe et une dépendance par extension.

 Pour simplifier je prends un exemple.
 On dit que les hommes sont meilleurs en mathématiques (je suis une catastrophe en maths) et les femmes meilleures artistiquement. Il en résultera que les femmes ont besoin des hommes pour les mathématiques, et donc elles devront rechercher une aide salutaire auprès de ces hommes. Par conséquent il y aura une dépendance et même, une hiérarchie, qui va s'instaurer. Alors, bien sûr, les hommes auront besoin des femmes pour les arts, mais c'est secondaire, les arts.... puisque les hommes y sont moins doués.
Vous avez là de manière schématisée l'explication de la hiérarchie des savoirs, qui s'appuie sur une hiérarchie des capacités masculines et féminines.



On se rappelle alors de l'histoire de nos sociétés, auxquelles on instille une dose de hiérarchie, et un zeste de préjugé sur la sexualité systématique et vous avez une femme érigée en objet de pouvoir, de sexe, de désir, et d'utilitarisme. Ce qui aura pour cause, de la drague lourde, du malentendu dirigé, voire du harcèlement, et d'autres crimes bien plus épouvantables encore.

Mais vous aurez aussi une justification de la précarisation des femmes, la justification de leur rôle secondaire, de leur soumission hiérarchique, de leur chômage, et de leur perte de prise de décision même sur leur propre intégrité.


On retrouve ce procédé dirigé contre des hommes qui n'auraient pas la virilité représentative de leur sexe, on le retrouve également dans des rapports de force entre classes sociales mais de manière moins prégnante et plus subtile, dirons nous.

Alors personnellement si j'avais un conseil, partons du principe qu'une discussion entre homme et femme n'a rien de sexuellement déterminé, n'a rien d'un enjeu de séduction programmé. Partons du principe qu'il s'agit d'une discussion entre deux personnes tout simplement et que l'enjeu de la discussion est le sujet de la discussion et rien d'autre. Partons du principe que nous ne pouvons présumer des capacités de chacun, des qualités et des ressentis de chaque personne. Cela ira sans doute beaucoup mieux.

On dit que derrière chaque grand homme, se cache une femme. Je déteste cette formule, je préfère penser que chaque homme grandit au contact d'autrui tout simplement, et j'aimerais bien qu'on laisse également les femmes grandir de cette façon.

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