lundi 21 août 2017

Cédric HERROU, le Juste de la Roya

Cédric HERROU, le Juste de la Roya









C’est une ferme au milieu de la garrigue bordée de bouquets de lavande, de romarin et de serpolet, sous un soleil de plomb, ils sont cinq, la mère, le père, la grand mère et les deux enfants qui arrivent perdus, effrayés, affamés et crasseux.  
Cinq à être accueillis à bras ouverts, cinq à avoir trouvé le réconfort d’un foyer, de la solidarité, de la chaleur humaine tout bonnement.


Cette famille paysanne, comme tant d'autres, qui a recueilli ces pauvres gens, les a nourris, sauvés et guidés vers la sécurité, on les appelle des Justes.

C’était durant la seconde guerre mondiale, souvenez vous, lorsque soixante millions d’européens ont dû entamer une migration afin de fuir leur foyer à cause des horreurs de la guerre, car ils étaient persécutés à cause de leur religion, de leur appartenance supposée à un peuple qu'on accusait de tous les maux....

Et pourtant, ces mêmes gestes de compassion, de fraternité, d’entraide, de courage, de solidarité, pour résumer, d’humanité, sont interdits et réprimés aujourd’hui.

S’il est une figure emblématique, le symbole français de cet activisme pour aider les migrants c’est bien Cédric HERROU, qui est un symbole de ces actions afin d'aider ceux qui migrent afin de sauver leur vie et se réfugier dans un lieu qu'ils espèrent propice au renouveau et, enfin, à la sécurité et à la dignité...

Dans la famille de Cédric Herrou, on a le cœur grand car on accueille déjà ceux qui n'ont rien, deux de ses frères ont été adoptés, suite à l'activité de ses parents comme famille d'accueil, dans un quartier modeste de Nice, là où on croit que la misère sera moins dure au soleil...
Ouvert sur les autres, il bourlingue en Afrique afin de rencontrer des gens. Aventurier, il ose passer de mécanicien à berger en achetant une vielle bâtisse à côté de Breil sur Roya, juste à côté de la frontière italienne.
Et en 2011, sa vie croise celle de ceux qu'on nomme souvent avec mépris les "migrants" pour leur dénier le statut d'humains, de réfugiés, demandeurs d'asile. Ce sont des gens fuyant la guerre civile en Tunisie, puis d'autres de toutes nationalités.
C'est tout naturellement qu' il les aide à passer la frontière italienne et à monter dans des trains pour rejoindre les grandes villes de France où demander l’asile. Simplement, humainement, car il accorde son aide à des gens en danger. Rappelons quand même que la non-assistance à personne en danger est un délit grave en France et que le droit d'asile est un droit sacré, inaliénable, de par les traités internationaux et la loi française.


Quand la frontière franco-italienne se verrouille en 2015, Cédric se voit forcé, avec le flot continu qui arrive, d’héberger ces réfugiés.

Il interpelle depuis des mois les pouvoirs publics au sujet de l'accueil d’urgence pour les réfugiés originaires des régions instables d’Afrique, dont l’Erythrée et le Soudan, mais aussi du Moyen-Orient, mais quand dans cette région, on arrive à élire un  Eric Ciotti comme  Président du Conseil départemental et un Christian Estrosi, Maire de Nice, on ne sent pas la région PACA très favorable à la création de structures d’accueil.

Alors Cédric temporise, s’organise pour loger tout le monde dans une gare désaffectée et continue son combat avec l’aide de l’association « Roya Citoyenne ».  Elle  accompagne naturellement les exilés dans leur démarche de demande d’asile.

Les migrants sont pourtant trop souvent  raccompagnés à la frontière avant qu’ils n'aient le temps de déposer le moindre dossier de demande d’asile et sont remis aux autorités italiennes, en infraction aux textes européens et internationaux.

Cédric vient d’être condamné le 8 août à 4 mois de prison avec sursis et 1000 euros de dommage et intérêts par la cour d’appel d’Aix en Provence.
Il avait été condamné en première instance à une peine légère bien qu’injuste ; il a interjeté l’appel et est sanctionné par la Cour d’appel encore plus sévèrement qu’en première instance.





Pour la Cour, M. Herrou ne peut bénéficier des exemptions humanitaires aux termes desquelles l’aide au séjour irrégulier n’est pas punissable car son attitude, "s’inscrit dans une contestation globale de la loi et n’entre pas dans les exemptions prévues puisqu’elle sert une cause militante qui ne répond pas à une situation de détresse."


Ainsi, Cédric ne serait qu’un hurluberlu, qui ne s'est lancé dans l’humanitaire, le droit d’asile, l’aide aux réfugiés que pour contester la loi et non par altruisme. Son combat ne serait que politique et militant... et non humain et généreux, le jugement laissant entendre que la cause qu'il défend "ne répond pas à une situation de détresse"... Comment qualifier la situation des réfugiés si ce n'est pas de la détresse???... Insupportable quand on connaît le travail de Cédric et les membres de l’association la Roya citoyenne.
A la prochaine récidive, la peine d’avertissement de quatre mois de prison avec sursis sera mise à exécution ! Cédric HERROU risque la prison ferme car il continuera de se battre !




Reste à Cédric le pourvoi en cassation puis la saisine de la Cour européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales comme l’avait fait José Bové  pour le fauchage d’OGM.
Il lui reste le recours aux associations devant le Conseil d’Etat, établissant que le sort réservé aux oubliés de la vallée de la Roya est contraire aux droits fondamentaux, puisque l’Italie ne peut délivrer à chacun d’entre eux un titre de réfugié.
En réalité, Cédric ne fait que remettre les demandeurs d’asile au centre du débat, là où certains politiques se liguent pour les déshumaniser et en faire un enjeu économique.
C’est pour cela qu’il gène tant, il met l'administration française et les politiques devant leurs contradictions et leurs  obligations, et nous, simples citoyens, il nous met devant le défit d’un sursaut solidaire.
Faudra-t-il attendre des décennies comme pour les Justes de la Seconde guerre mondiale en France, pour que l’action de Cédric soit reconnue ?
Comme eux, le paysan de la Roya se comporte avec courage et abnégation pour aider des personnes en péril, comme eux il fait son devoir d'humanité en faisant  acte de désobéissance civique.
Nous, citoyens, attachés à un projet commun de République solidaire et fraternelle, soutenons Cédric HERROU !



Benoit HAMON a rencontré Cédric HERROU durant la campagne présidentielle. 
Le mouvement du 1er juillet a condamné le délit de solidarité et milite pour la création d'un visa humanitaire.



Auteurs: Sophie Boussemart et Myriam Manseur




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